Poésie

 

D’après Judith avec la tête d’Holopherne de Lucas Cranach l’Ancien

Les ténèbres de ce qu’elle a voulu

irradient dans les yeux morts –

substituée à son regard placide

l’extase de celui qui n’est plus ;

son front : délicat joyau de Saxe

aux derniers rougeoiements

infatués de la cruauté.

 

Le souvenir, rien qu’une bourrasque sur

une tente, un homme approchant dans la pénombre,

puis, telle la rupture entre amants,

une caresse jamais arrivée qui sépare,

main gauche restée posée sur le sommet du crâne.

 

Songer avec cette sérénité –

épée dressée dans le poing,

petits seins endormis dans le brocart,

flots rouges des cheveux détachés,

froideur arrogante de la fine bouche, du menton étroit,

aux doigts d’étranges bagues,

toutes et tous attributs d’une vierge –,

et tenir la mort comme l’arche

d’alliance sans pour autant trembler,

c’est avoir la tête sur les épaules.

 

Le collier vaut mieux que le bourreau.

Derrière elle, rien que la nuit,

le lointain futur de son peuple.

 

Car dans l’attente

de ce que personne n’a recherché,

le destin en ce qu’il veut

ne trahit aucune faiblesse.

 

traduit du néerlandais par Daniel Cunin

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 Nuit éclaircie

Pensant à une chose

l’homme en fait une autre ;

il regarde au fond du ciel

 

et il s’amasse en marche

un âge dont il est dit

qu’il ne représente rien que

soumission à soi-même.

 

Abordables sont

les pierres et le chemin,

le bruissement de ceux

qui se sont rapprochés,

 

le faux appel des chiens

et la voix aiguë qui se tait

par-delà ton horizon étroit,

 

toi qui es revenue

d’une nuit éclaircie,

ma chérie légèrement possédée,

 

qui assise en face de moi riais

de la tache de sang sur la fenêtre.

 

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